Expositions personnelles
2026
sous la sécheresse de la formule / La Galerie, centre d’art contemporain / Noisy-le-Sec
2024
scars/sirens / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2023
Plateforme de répit, vol.1 / cur.: Elora Weil-Engerer & Mathilda Portoghese / Tour Orion / Montreuil
2022
Fin de la pudeur / Julio artist run space / Paris
Voir venir / cur.: A’topos chez Nanoville / Poush Manifesto / Clichy
2021
Peines perdues / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
Les jour avenir / Salon Approche - GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2018
images sources / DNSAP / ENSBA / Paris
2015
Un écart du quotidien / DNAP / ENSBA / Paris
2014
Ceux qui nous gardent / Diplôme de l’ENSAD / Paris
Expositions collectives (sélection)
2026
L’image cannibale / cur.: Alessandra Chiericato / Les Rencontres de la photographie / Arles
2025
ALL IN / ATFU x Nuit Blanche Paris x Émerige / Galerie l’Atlas / Paris
2024
Ce qui s’écoule / duo show avec Anna Ternon / Centre d’art contemporain Tignous / Montreuil
Komet, supermarché des multiples / cur.: Non-étoile / Tour Orion / Montreuil
2023
Artissima / International fair of contemporary art Torino / GALERIE CHLOE SALGADO / Turin
SIGNIAU / cur. : Margaux Bonopera et Bérénice Lefebvre / DOC! / Paris
2022
Exposition des lauréats / Frac Île-de-France les Réserves / Romainville
Dinos / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
Fantôme #4 / cur.: S. Mercadante et B. Blanchard /Maison des Ailleurs / Charleville-Mézières
Bureau d’investigation du sacré / cur.: Jeanne Mercier / Ensad aux Grandes Serres / Pantin
2021
Biennale de l’image tangible / Julio artist run space / Paris
Les persiennes/ Duo show avec Anna Ternon / Villa Radet Cité des Arts / Paris
À vue d’œil mieux vaut tendre l’oreille / cur. : COHÉRENT + DUUU Radio / Gennevilliers
Exposition des nommés pour le prix Host / Beaux-Arts de Nantes / Nantes
71ème édition de Jeune Création / Fondation Fiminco / Romainville
2020
La photographie à l’épreuve de l’abstraction / Centre photographique d’Île-de-France, P.-Combault
Des temps liés / duo show avec Côme Clérino / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2019
Exposition des diplômés / Palais des Beaux-Arts ENSBA / Paris
« absolute lights like baths...» / Les Grandes Serres / Cur. : Théo-Mario Coppola / Pantin
2018
Last day, new things / Cité internationale des Arts / Paris
La règle du jeu / Les Grandes Serres / Curateur : Thomas Mustel / Pantin
2017
Wanderer above the sea of fog / Villa Belleville / Paris
La République des Lettres / Faculdade de Belas Artes de Lisboa / Lisbonne
La nuit des Idées / Cité internationale des Arts / Curatrice : Sarah Mercadante / Paris
2016
After the big bang / Le Lavoir moderne / Curateur : Théo-Mario Coppolola / Paris
Sur la page, abandonnés / Galerie Valérie Delaunay / Curateurs : Editions extensibles / Paris
Lubok 12 / Dukan Gallery / Leibzig (Allemagne)
2015
Iris time : La conquête de l’espace / l’Inlassable galerie / New York (USA)
Masquelibros, salon du livre d’artiste / Madrid (Espagne)
2014
Sombra viva / Casa de Velázquez / Madrid (Espagne)
Lauréats FID / galerie Catherine Putman / Paris
La Recherche / l’Inlassable galerie et Boiler Room / Oslo (Norvège)
Micro salon #4 / l’Inlassable galerie / Paris
Formation
2018
Diplôme de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA)
2014
Diplôme de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris (ENSAD), section Image imprimée.
Soutenance de mémoire «Célébrer et construire. La couleur dans l’écriture de Claude Simon», sous la direction de Paul Sztulman, Félicitations du jury
2012
échange à la NTUA, National Taiwan University of Arts / Taipei (Taiwan)
2010
BTS Mode option Textile, EnsAAMA Olivier de Serres / Paris
Licence de Lettres modernes à Censier-Paris III
Au point de départ, Camille Benarab-Lopez collecte des images. Elle les amasse devrait-on plutôt dire considérant la quantité et la compulsivité qui guident ce geste. Photographies, pages internet, dessins, textes, objets, ouvrages sont enregistrés, scannés, conservés, parfois annotés et archivés. Ces captures visuelles constituent la matière première de l’œuvre. Si on peut tenter de rationaliser ses collections sous des étiquettes thématiques, on y reconnaitra plutôt la singularité de la pensée de Camille Benarab-Lopez qui est de celles qui se déploient en rhizomes, actionnant des cheminements complexes, qui rompent avec la linéarité du temps de l’histoire, du récit. Elle nourrit ses archives comme elle les digère. Alors, c’est une idée de la multitude, de la relation, voire de la confrontation qui est à l’œuvre, explorant les angles morts du langage, pour en reconfigurer les lignes, et déjouer ses injonctions de normativités.
Que l’œuvre s’exprime ensuite en image imprimée, en peinture, en sculpture ou en installation plus vaste, elle est toujours le fruit de ce mouvement de recherche dialogique qui guide inexorablement le travail de Camille Benarab-Lobez. Partant d’un concept, d’une image, d’une histoire familiale ou plus lointaine, elle mène ses explorations comme des enquêtes totales. Ainsi, elle prend la route pour suivre les traces d’un personnage de fiction, convoque des témoignages ainsi que la voix d’autres artistes, auteur-ices et chercheur-euses, et choisit méticuleusement les techniques, si elle ne les invente pas, pour concevoir les formes qui sauront rendre le plus justement la densité du sujet qu’elle regarde.
En faisant des pratiques d’archivage une méthode autant qu’une matière, Camille Benarab-Lopez déploie une œuvre qui travaille le temps et déjoue les façons sélectives que nos sociétés ont de l’ordonner — au présent — au passé — au futur —. L’artiste explore et dévoile les failles, là où le fil des mémoires s’est rompu, laissant la place au trou béant de l’oubli ou du désaveu. Elle produit ainsi des formes qui invitent à déjouer l’écueil d’une univocité faussement universelle, et reconfigurent des possibilités sémiologiques jusqu’alors impensées par la manipulation intriquée d’images, de motifs — la cicatrice, le signe, la boîte en sont des exemples — et de matériaux variés comme l’image imprimée, la céramique, le plomb, le plâtre, le bois, le textile.
Les œuvres de l’artiste ne participent pas seulement d’une écriture renouvelée en vue d’une réhabilitation mémorielle. Elles agissent avant tout comme des stimulations cognitives jusque-là inexplorées. Alors, la plasticité opère au-delà de la forme pour dessiner de nouvelles perspectives de pensée et de faire.
Noémie Pacaud
Prix et résidences
2025
Lauréate de la résidence à La Galerie, centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec
2023
Lauréate de la Fondation des artistes pour le projet Scars/sirens
Lauréate de la résidence du Centre Tignous d’art contemporain (Montreuil) en duo avec Anna Ternon pour le projet Ce qui s’écoule
Lauréate de la bourse Recherche ADAGP pour le projet Ascendant : fiction
2021
Lauréate de la Bourse FORTé Île-de-France
Soutien du Cnap à la première exposition personnelle en galerie
71ème édition de Jeune Création
2020
Sélectionnée pour la Biennale de l’image tangible
Sélecionnée pour le Prix Host
Lauréate du Prix Icart Artisitk Rézo, 12ème édition
2016
Prix Pierre Gautier Delaye, un an de résidence à la Cité internationale des Arts / Paris
Lauréate de la bourse Initiatives étudiantes de PSL pour le projet Apparitions
2015
Prix Antalis de la Biennale de Gravure de Sarcelles
Du soir aux matins, résidence, avec les Éditions extensibles / un mois / Lestiou, France
Villa La Brugère, résidence / un mois / Arromanches, France
2014
Casa de Velázquez, Académie de France à Madrid, résidence / deux mois / Espagne
Lauréate du prix FID 2014, concours international de dessin contemporain
Publications
2024
Report magazine / issue 5 / New York
2023
Meta scope / Catalogue d’exposition / Nano ville et a’topos
2022
FoRTÉ #4 / Catalogue des Lauréats / Région Île-de-France
Fantôme trois / Catalogue d’exposition / Benoît Blanchard et Sarah Mercadante / éd. Lord Byron
Six questions / Tique art / publication en ligne
2021
Biennale de l’image tangible #2 / Catalogue d’exposition / Gabrielle Petiau
2020
La photographie à l’épreuve de l’abstraction / Catalogue d’exposition / Frac Rouen Normandie et CPIF
Les mirages / L’observatoire magazine /publication en ligne
2019
Les paradoxes de l’intime / revue Sensibilités / Arlette Farge et Clémentine Vidal-Naquet /
éditions Anamosa / Paris
2018
Finale / Catalogue des diplômés des Beaux-Arts de Paris
2015
Lubok / édition de lithographies / Leipzig (Alemagne)
Mémoire(s) / Volume magazine n°5, revue d’architecture / Ensa Versailles
Peines perdues
- exposition personnelle, 2021
- GALERIE CHLOE SALGADO, Paris
- avec le soutien du CNAP
C’est un truisme : nous vivons dans un monde saturé d’images. À quoi bon, alors, en rajouter ? Dans ce supermarché des images, Camille Benarab-Lopez est une glaneuse : à coup de captures d’écran, photocopies et scans aux flous assumés, elle récupère au fil de ses pérégrinations curieuses sur Internet et dans les bibliothèques les représentations des autres. Bouts de photographies, coins de peintures, elle exhume détails et vies minuscules dans de nouvelles matières, et les images rendues plastiques se font sculptures. Jouant de leurs textures, celles-ci s’offrent comme des textes à déchiffrer et des vanités renouvelées : les fleurs se joignent aux coquillages, les archives familiales s’impriment sur des catalogues publicitaires version seventies, ou s’enfouissent, hantises, sous d’obscures tableaux baroques. Matériaux composites et anachronismes féconds se rencontrent alors ad hoc avec une malice surréaliste.
(...)
À cette obsession du rangement répond le goût du secret ; son parfum émane de l’aura nébuleuse des œuvres que le regardeur est invité à découvrir, quitte à se pencher. L’artiste dispose ses menus trésors, attise notre curiosité, tisse le disparate pour y faire apparaître quelques indices, tel ce mot écrit par sa grand-mère espagnole. L’abstraction côtoie le figuratif, et ailleurs le visuel oscille sur le seuil du visible et de l’invisible : l’œuvre accouche par une suite de vagues dans lesquelles les images se dérobent et se dévoilent tour à tour – on décèle le contour d’une main là, ici d’une page, et puis tout est de nouveau englouti dans la mauve mélancolie. À travers cette attitude pudique d’amoureuse, Camille Benarab-Lopez se montre en se cachant dans les feuilletés de signes qu’elle compose.
(...)
Issue d’une double famille d’immigrés quasi analphabètes aux modestes reliques photographiques, le travail de l’artiste en lui-même témoigne d’un écart – gouffre autant qu’ascension – et à l’amour des images s’ajoute une tendresse pour les livres : elle se perçoit dans la caresse d’un doigt sur une page, sur un ex-voto via l’empreinte d’un ouvrage. Alors que les peines perdues affleurent, la sensualité nous effleure dans ce ballet de mains qui réunissent les mondes – la main savante se lie à celles s’appliquant du henné, empoignant l’hétérogénéité des formes.
(…)
Chez elle, les jeux de transparence obscurcissent, et l’artiste souligne que la vérité se dépose plutôt dans l’eau trouble que la clarté cristalline. Les images, matières et mémoire, sont alors autant de peines perdues pour enrubaner les brisures, habiter les manques et recomposer l’Image – cette Image complète, puzzle où tout s’assemble proprement, joliment, mais qui dans la vie demeure toujours absente, comme l’écrit Joyce Carol Oates (Blonde, 1999). Pour répondre à l’absence, Camille Benarab-Lopez rétorque que l’image ne peut être que des images, que l’une glisse toujours, continuellement, sur une autre. Oui : le fond de l’image est toujours une image, à l’infini comme peuvent l’être les peines, et un doux mystère, quant à lui, perdure.
Ysé Sorel