Expositions personnelles
2026
sous la sécheresse de la formule / La Galerie, centre d’art contemporain / Noisy-le-Sec
2024
scars/sirens / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2023
Plateforme de répit, vol.1 / cur.: Elora Weil-Engerer & Mathilda Portoghese / Tour Orion / Montreuil
2022
Fin de la pudeur / Julio artist run space / Paris
Voir venir / cur.: A’topos chez Nanoville / Poush Manifesto / Clichy
2021
Peines perdues / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
Les jour avenir / Salon Approche - GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2018
images sources / DNSAP / ENSBA / Paris
2015
Un écart du quotidien / DNAP / ENSBA / Paris
2014
Ceux qui nous gardent / Diplôme de l’ENSAD / Paris
Expositions collectives (sélection)
2026
L’image cannibale / cur.: Alessandra Chiericato / Les Rencontres de la photographie / Arles
2025
ALL IN / ATFU x Nuit Blanche Paris x Émerige / Galerie l’Atlas / Paris
2024
Ce qui s’écoule / duo show avec Anna Ternon / Centre d’art contemporain Tignous / Montreuil
Komet, supermarché des multiples / cur.: Non-étoile / Tour Orion / Montreuil
2023
Artissima / International fair of contemporary art Torino / GALERIE CHLOE SALGADO / Turin
SIGNIAU / cur. : Margaux Bonopera et Bérénice Lefebvre / DOC! / Paris
2022
Exposition des lauréats / Frac Île-de-France les Réserves / Romainville
Dinos / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
Fantôme #4 / cur.: S. Mercadante et B. Blanchard /Maison des Ailleurs / Charleville-Mézières
Bureau d’investigation du sacré / cur.: Jeanne Mercier / Ensad aux Grandes Serres / Pantin
2021
Biennale de l’image tangible / Julio artist run space / Paris
Les persiennes/ Duo show avec Anna Ternon / Villa Radet Cité des Arts / Paris
À vue d’œil mieux vaut tendre l’oreille / cur. : COHÉRENT + DUUU Radio / Gennevilliers
Exposition des nommés pour le prix Host / Beaux-Arts de Nantes / Nantes
71ème édition de Jeune Création / Fondation Fiminco / Romainville
2020
La photographie à l’épreuve de l’abstraction / Centre photographique d’Île-de-France, P.-Combault
Des temps liés / duo show avec Côme Clérino / GALERIE CHLOE SALGADO / Paris
2019
Exposition des diplômés / Palais des Beaux-Arts ENSBA / Paris
« absolute lights like baths...» / Les Grandes Serres / Cur. : Théo-Mario Coppola / Pantin
2018
Last day, new things / Cité internationale des Arts / Paris
La règle du jeu / Les Grandes Serres / Curateur : Thomas Mustel / Pantin
2017
Wanderer above the sea of fog / Villa Belleville / Paris
La République des Lettres / Faculdade de Belas Artes de Lisboa / Lisbonne
La nuit des Idées / Cité internationale des Arts / Curatrice : Sarah Mercadante / Paris
2016
After the big bang / Le Lavoir moderne / Curateur : Théo-Mario Coppolola / Paris
Sur la page, abandonnés / Galerie Valérie Delaunay / Curateurs : Editions extensibles / Paris
Lubok 12 / Dukan Gallery / Leibzig (Allemagne)
2015
Iris time : La conquête de l’espace / l’Inlassable galerie / New York (USA)
Masquelibros, salon du livre d’artiste / Madrid (Espagne)
2014
Sombra viva / Casa de Velázquez / Madrid (Espagne)
Lauréats FID / galerie Catherine Putman / Paris
La Recherche / l’Inlassable galerie et Boiler Room / Oslo (Norvège)
Micro salon #4 / l’Inlassable galerie / Paris
Formation
2018
Diplôme de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA)
2014
Diplôme de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris (ENSAD), section Image imprimée.
Soutenance de mémoire «Célébrer et construire. La couleur dans l’écriture de Claude Simon», sous la direction de Paul Sztulman, Félicitations du jury
2012
échange à la NTUA, National Taiwan University of Arts / Taipei (Taiwan)
2010
BTS Mode option Textile, EnsAAMA Olivier de Serres / Paris
Licence de Lettres modernes à Censier-Paris III
Au point de départ, Camille Benarab-Lopez collecte des images. Elle les amasse devrait-on plutôt dire considérant la quantité et la compulsivité qui guident ce geste. Photographies, pages internet, dessins, textes, objets, ouvrages sont enregistrés, scannés, conservés, parfois annotés et archivés. Ces captures visuelles constituent la matière première de l’œuvre. Si on peut tenter de rationaliser ses collections sous des étiquettes thématiques, on y reconnaitra plutôt la singularité de la pensée de Camille Benarab-Lopez qui est de celles qui se déploient en rhizomes, actionnant des cheminements complexes, qui rompent avec la linéarité du temps de l’histoire, du récit. Elle nourrit ses archives comme elle les digère. Alors, c’est une idée de la multitude, de la relation, voire de la confrontation qui est à l’œuvre, explorant les angles morts du langage, pour en reconfigurer les lignes, et déjouer ses injonctions de normativités.
Que l’œuvre s’exprime ensuite en image imprimée, en peinture, en sculpture ou en installation plus vaste, elle est toujours le fruit de ce mouvement de recherche dialogique qui guide inexorablement le travail de Camille Benarab-Lobez. Partant d’un concept, d’une image, d’une histoire familiale ou plus lointaine, elle mène ses explorations comme des enquêtes totales. Ainsi, elle prend la route pour suivre les traces d’un personnage de fiction, convoque des témoignages ainsi que la voix d’autres artistes, auteur-ices et chercheur-euses, et choisit méticuleusement les techniques, si elle ne les invente pas, pour concevoir les formes qui sauront rendre le plus justement la densité du sujet qu’elle regarde.
En faisant des pratiques d’archivage une méthode autant qu’une matière, Camille Benarab-Lopez déploie une œuvre qui travaille le temps et déjoue les façons sélectives que nos sociétés ont de l’ordonner — au présent — au passé — au futur —. L’artiste explore et dévoile les failles, là où le fil des mémoires s’est rompu, laissant la place au trou béant de l’oubli ou du désaveu. Elle produit ainsi des formes qui invitent à déjouer l’écueil d’une univocité faussement universelle, et reconfigurent des possibilités sémiologiques jusqu’alors impensées par la manipulation intriquée d’images, de motifs — la cicatrice, le signe, la boîte en sont des exemples — et de matériaux variés comme l’image imprimée, la céramique, le plomb, le plâtre, le bois, le textile.
Les œuvres de l’artiste ne participent pas seulement d’une écriture renouvelée en vue d’une réhabilitation mémorielle. Elles agissent avant tout comme des stimulations cognitives jusque-là inexplorées. Alors, la plasticité opère au-delà de la forme pour dessiner de nouvelles perspectives de pensée et de faire.
Noémie Pacaud
Prix et résidences
2025
Lauréate de la résidence à La Galerie, centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec
2023
Lauréate de la Fondation des artistes pour le projet Scars/sirens
Lauréate de la résidence du Centre Tignous d’art contemporain (Montreuil) en duo avec Anna Ternon pour le projet Ce qui s’écoule
Lauréate de la bourse Recherche ADAGP pour le projet Ascendant : fiction
2021
Lauréate de la Bourse FORTé Île-de-France
Soutien du Cnap à la première exposition personnelle en galerie
71ème édition de Jeune Création
2020
Sélectionnée pour la Biennale de l’image tangible
Sélecionnée pour le Prix Host
Lauréate du Prix Icart Artisitk Rézo, 12ème édition
2016
Prix Pierre Gautier Delaye, un an de résidence à la Cité internationale des Arts / Paris
Lauréate de la bourse Initiatives étudiantes de PSL pour le projet Apparitions
2015
Prix Antalis de la Biennale de Gravure de Sarcelles
Du soir aux matins, résidence, avec les Éditions extensibles / un mois / Lestiou, France
Villa La Brugère, résidence / un mois / Arromanches, France
2014
Casa de Velázquez, Académie de France à Madrid, résidence / deux mois / Espagne
Lauréate du prix FID 2014, concours international de dessin contemporain
Publications
2024
Report magazine / issue 5 / New York
2023
Meta scope / Catalogue d’exposition / Nano ville et a’topos
2022
FoRTÉ #4 / Catalogue des Lauréats / Région Île-de-France
Fantôme trois / Catalogue d’exposition / Benoît Blanchard et Sarah Mercadante / éd. Lord Byron
Six questions / Tique art / publication en ligne
2021
Biennale de l’image tangible #2 / Catalogue d’exposition / Gabrielle Petiau
2020
La photographie à l’épreuve de l’abstraction / Catalogue d’exposition / Frac Rouen Normandie et CPIF
Les mirages / L’observatoire magazine /publication en ligne
2019
Les paradoxes de l’intime / revue Sensibilités / Arlette Farge et Clémentine Vidal-Naquet /
éditions Anamosa / Paris
2018
Finale / Catalogue des diplômés des Beaux-Arts de Paris
2015
Lubok / édition de lithographies / Leipzig (Alemagne)
Mémoire(s) / Volume magazine n°5, revue d’architecture / Ensa Versailles
sous la sécheresse de la formule
“ Camille Benarab-Lopez s’intéresse aux récits qui racontent une communauté, que ces histoires soient familiales ou littéraires. Elle en retient les fêlures, les secrets, les manques. Elle travaille avec ce qui rapproche, unit, délie : les mystères contenus, les liens “entre”, les confrontation “contre”. C’est une grammaire de la relation qu’elle organise et réorganise, qu’elle explore en la déclinant en variations multiples.”
extrait du texte de Nathanaëlle Puaud
extrait du texte de Nathanaëlle Puaud
Centre d’art contemporain La Galerie, Noisy-le-Sec
Commissariat de Nathanaëlle Puaud
- © Salim Santa Lucia et Margaux Roy
Dans sa pratique, Camille Benarab-Lopez (née en 1989, vit et travaille à Ivry-sur-Seine) convoque les formes par lesquelles se manifestent les héritages silencieux, les cicatrices d’un vécu, les vies déviées de leur trajectoire idéale. À partir d’éléments visuels, de sculptures, d’installations, d’œuvres littéraires, de témoignages, elle engage un dialogue entre archives visuelles et textuelles, signes et symboles.
L’exposition sous la sécheresse de la formule rend
compte de ses recherches autour du testament, menées durant sa résidence à La Galerie de septembre 2025 à avril 2026.
Abordé d’un point de vue intime, sociologique, politique et symbolique, le testament — et dans son prolongement, l’héritage — lui permet de déployer une réflexion sensible autour de nos rapports à nos familles et à nos communautés passées et présentes.
Réunies dans une exposition évolutive, des œuvres créées à partir de textes d’auteur·ices invité·es et de participant·es à différents ateliers réalisés pendant la résidence, invitent à explorer l’indicible, à réinventer la transmission et à repenser nos liens affectifs.
Avec les textes de :
Julien Delmaire, Diadié Dembélé, Hélène Giannecchini, Vinciane Mandrin, Anne Pauly, Laura Vazquez ;
Amadou, AKA SP, Amine Bengliz, Arouna, Chichi_93, Chimal, (DH_93), Elyes, Exaucé Lusanga, Glody, IB, Jabran, JR, Léo, Mohamed, Sylla, TVS, Vanio, Anonyme, Inès, Karima Arbouche, Kostiantyn Gaiduk, Leïla Boutiche, Mansoor, Mohsinah, M.G.R., Sermine, SP, Anne-Marie Winkopp, Evelyne, Françoise, Geneviève, Marie-Christine, Médecin, Michèle D., Titus, V.A.M.
(La résidence a reçu le soutien du Département de la Seine-Saint-Denis)
- exposition personnelle, 2023
- Tour Orion, Montreuil
- commissariat de Elora Weil-Engerer et Mathilda
- Portoghese
- installation (30 m2)
- 2023
- © Romain Darnaud
“ C’est un endroit où les cœurs lourds trouveront un court répit, où les âmes fatiguées pourront se reposer un instant. D’un point de vue formel, cette plateforme est un espace de transition, un entre-deux où le temps s’étire et se plie à notre volonté. Tantôt douce retraite sensorielle qui offre un sursis fugace aux tourments de notre réalité, tantôt métamorphose de la blessure en symbole opérant, elle mue selon nos désirs profonds. La cicatrice est motif récurrent, telle une empreinte qui vient briser la linéarité d’une trajectoire. La blessure, qu’elle soit physique, émotionnelle ou spirituelle, est abordée avec une poésie singulière. Ce parcours, de la plaie à la guérison, va au-delà de l'opération pour explorer l'image qui en reste, la manière dont le traumatisme se matérialise à travers les formes et le visible. L’installation de Camille Benarab-Lopez rend notamment visibles les aidant•e•s qui accompagnent les malades confronté•e•s à des pathologies chroniques et évolutives. Les plateformes d’accompagnement et de répit (PFR) offrent un havre de calme et de réconfort à ces personnes dans un dispositif « d’aide aux aidant•e•s », introduisant, avec la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement en 2015, l’idée nouvelle d’un « droit au répit ».
Un bateau transformé en table d’introspection ou une tente qui abrite les instruments d’un chirurgien de l’être : cette plateforme révèle des aspects ambivalents. Elle peut être à la fois ceinture de sécurité, lien protecteur, mais aussi garrot de la dernière chance. Dans cette exploration, l’artiste convoque une palette d’images : des armes et des âmes, des incisions et des éclats, des brisures et de la colère. Elle puise dans des livres de dermatologie et de chirurgie de la main, transformant l’abjection en protection : cet espace de cicatrisation est aussi un espace béni. Des notions plus tangibles, comme le gras, le lit, l’eau, s’entrelacent avec des outils agricoles, tissant des liens entre la terre nourricière et la régénération. Tel un psychopompe guidant les âmes, l’artiste nous invite à embarquer sur sa barque de Charon, à traverser les méandres de nos blessures pour atteindre un rivage apaisé.“
Elora Weill-Engerer et Mathilda Portoghese
Scars/sirens
- exposition personnelle, 2024
- GALERIE CHLOE SALGADO, Paris
- avec le soutien de la Fondation des Artistes
- et de l’Adagp
- enseignes lumineuses réalisées avec Iris Yolal
- © Grégory Copitet
L’exposition Scars/Sirens prend pour point de départ un livre de Joyce Caroll Oates, Nous étions les Mulvaney (1996), et un séjour réalisé par Camille Benarab-Lopez dans l’État de New York, retraçant le parcours fictif de cette famille typiquement américaine. Dans le roman, les Mulvaney forment une famille idéale et apparemment soudée, attachée à la terre autant qu’aux apparences de bonheur qu’ils exhalent. Mais le récit est celui d’une chute sociale qui s’effectue à l’extérieur et à l’intérieur même de la cellule familiale : les liens se fissurent et s’écartèlent en une plaie qu’aucun baume ne peut cicatriser. À la fois terribles et formidables, les Mulvaney sont dépeints dans toute leur complexité psychologique, tâchant de se maintenir dans une Amérique marquée par la tyrannie du paraitre. Le sens propre se confond rapidement avec le sens figuré : Oates - également l’autrice d’un autre ouvrage intitulé Les Chutes - donne comme théâtre du drame une région constellée par des chutes d’eau mythiques : des chutes d’Ithaca à celles, fameuses, du Niagara. La vie suit son cours tranquille jusqu’à ce qu’un fort dénivelé produise une descente abrupte, autrement dit une cataracte, terme qui désigne une opacification qui brouille à la fois l’eau ou le cristallin de l’œil. Au bruit de la cascade fait écho la détérioration de la vue. De plus, le radical cata- indique un mouvement vers le bas, comme celui des sirènes décrites par la mythologie grecque, créatures mi-humaines mi-animales dont le charme extérieur attire les marins vers les profondeurs et leur perte. L’ombre de ce mythe plane au-dessus du traumatisme familial : c’est le sentiment d’engloutissement qui prime.
Comme elle l’opère régulièrement dans son travail, Camille Benarab-Lopez entremêle une recherche sur la blessure sociale, une attention aux récits collectés et un fort intérêt pour le signe sous toutes ses formes. L’exposition est chapitrée sur le modèle d’un texte en trois parties, chacune introduite par une enseigne lumineuse : « Falls », « Scars », et « Sirens ». Ces signes peuvent être des stigmates de douleur, mais aussi des trophées de guerre ou des emblèmes de courage et d’amour. Ils peuvent également constituer les jalons d’une structure narrative pour une histoire qui finit toujours par marquer les personnes d’un sceau indélébile : la chute (« Falls ») puis la blessure qui lui survit (« Scars »), enfin l’appel d’un autre horizon (« Sirens »),
Pile de documents épars, inscriptions gravées sur des paysages vaporeux, mains nouant des nœuds, graphèmes issus d’un alphabet rare, blessures bordées de fleurs : Le réel et la fiction ne s’opposent pas de manière dichotomique mais se fondent dans un ensemble complexe de symboles. L’album de famille, avec son lot de non-dits et de secrets, se donne par énigmes visuelles comme pour rappeler que l’image du souvenir compte plus que le souvenir lui-même. En d’autres termes, les relations sont aussi affectives et imaginaires et nous réalisons, sans le savoir, les projets d’autres vies que la nôtre. Au début du roman, Judd, le benjamin des Mulvaney, évoque en effet par ces mots un évènement familial qui s’est déroulé à une date précédent sa naissance « Aujourd’hui encore, je jurerais que j’étais là ».
Elora Weill-Engerer
équations
- briser + chemin
- = fleurir
- série de scans
- avec objets, céramiques, fleurs, images, rubans...
- 2024 -
Fin de la pudeur
je me suis dit
les traîtres, le couteau,
le coupe-papier (les lettres, le livre)
je me suis dit
travailler avec ses mains
(mais de quelles façons)
je me suis dit
outils
> outils agricoles
puis couteau suisse
et le couteau suisse >
on dirait des fleurs
(les cicatrices aussi,
on dirait des fleurs)
et en voulant écrire fleurs
j’ai écrit fêlures
projet lauréat de la Bourse Forté - Région Île-de-France
exposé au Frac Île-de-France (Les Réserves), Aubervilliers
et Chez Julio artist run space, Paris
2022
édition :
Livre de 48 pages
28 x 40,5 cm, édité à 100 exemplaires numérotés
Imprimé en offset chez Snel (Belgique) + une carte imprimée en risographie par Quintal
avec un texte de Atlele Soltani
© Grégory Copitet
Fin de la pudeur est un dispositif visuel autour du peu d’archives familiales : comme beaucoup de communautés d’origine pauvre et paysanne, et issues de l’immigration, l’artiste dispose d’une généalogie presque sans traces.
Au décès de sa grand-mère kabyle, elle récupère une boîte avec quelques photographies et négatifs. Elle y découvre les années de jeunesse de son père passées en banlieue parisienne, de 1963 à 1985.
Elle qui s’empare habituellement d'images aux sources lointaines pour mieux les absorber et en faire son matériau de création, décide alors de travailler à partir de ces images familiales. Fin de la pudeur est donc une confrontation originale entre son histoire personnelle et l’utilisation d’images d’autrui. C’est un défi qu’elle se lance : comment travailler des images chargées d’affects et d'émotions, de liens directs et non esquivables ? Quelles responsabillités cela engage-t-il ? La question des vœux, des secrets, des traces, des manques et des mirages apparaît en filigrane.
Après une déambulation graphique autour de cette collection humbr, et à partir d’entretiens menés avec ses proches, le projet prend la forme de deux expositions, une collective et une autre personnelle, et d’une édition.
Catalogue de l’exposition des lauréat.es
au Frac Île-de-France
Peines perdues
- exposition personnelle, 2021
- GALERIE CHLOE SALGADO, Paris
- avec le soutien du CNAP
C’est un truisme : nous vivons dans un monde saturé d’images. À quoi bon, alors, en rajouter ? Dans ce supermarché des images, Camille Benarab-Lopez est une glaneuse : à coup de captures d’écran, photocopies et scans aux flous assumés, elle récupère au fil de ses pérégrinations curieuses sur Internet et dans les bibliothèques les représentations des autres. Bouts de photographies, coins de peintures, elle exhume détails et vies minuscules dans de nouvelles matières, et les images rendues plastiques se font sculptures. Jouant de leurs textures, celles-ci s’offrent comme des textes à déchiffrer et des vanités renouvelées : les fleurs se joignent aux coquillages, les archives familiales s’impriment sur des catalogues publicitaires version seventies, ou s’enfouissent, hantises, sous d’obscures tableaux baroques. Matériaux composites et anachronismes féconds se rencontrent alors ad hoc avec une malice surréaliste.
(...)
À cette obsession du rangement répond le goût du secret ; son parfum émane de l’aura nébuleuse des œuvres que le regardeur est invité à découvrir, quitte à se pencher. L’artiste dispose ses menus trésors, attise notre curiosité, tisse le disparate pour y faire apparaître quelques indices, tel ce mot écrit par sa grand-mère espagnole. L’abstraction côtoie le figuratif, et ailleurs le visuel oscille sur le seuil du visible et de l’invisible : l’œuvre accouche par une suite de vagues dans lesquelles les images se dérobent et se dévoilent tour à tour – on décèle le contour d’une main là, ici d’une page, et puis tout est de nouveau englouti dans la mauve mélancolie. À travers cette attitude pudique d’amoureuse, Camille Benarab-Lopez se montre en se cachant dans les feuilletés de signes qu’elle compose.
(...)
Issue d’une double famille d’immigrés quasi analphabètes aux modestes reliques photographiques, le travail de l’artiste en lui-même témoigne d’un écart – gouffre autant qu’ascension – et à l’amour des images s’ajoute une tendresse pour les livres : elle se perçoit dans la caresse d’un doigt sur une page, sur un ex-voto via l’empreinte d’un ouvrage. Alors que les peines perdues affleurent, la sensualité nous effleure dans ce ballet de mains qui réunissent les mondes – la main savante se lie à celles s’appliquant du henné, empoignant l’hétérogénéité des formes.
(…)
Chez elle, les jeux de transparence obscurcissent, et l’artiste souligne que la vérité se dépose plutôt dans l’eau trouble que la clarté cristalline. Les images, matières et mémoire, sont alors autant de peines perdues pour enrubaner les brisures, habiter les manques et recomposer l’Image – cette Image complète, puzzle où tout s’assemble proprement, joliment, mais qui dans la vie demeure toujours absente, comme l’écrit Joyce Carol Oates (Blonde, 1999). Pour répondre à l’absence, Camille Benarab-Lopez rétorque que l’image ne peut être que des images, que l’une glisse toujours, continuellement, sur une autre. Oui : le fond de l’image est toujours une image, à l’infini comme peuvent l’être les peines, et un doux mystère, quant à lui, perdure.
Ysé Sorel
Alphabet “scars”
- création d’un alphabet en céramique émaillée
- & scannée
- 2024
“Si nous percevions l’alphabet comme une série d’incisions, nous ne pourrions pas lire. (...)
Je prends un café au soleil, sur la place Exarcheia. Je vois passer un camion de déménagement. Les inscriptions en alphabet grec pennent sens pour la première fois à mes yeux : “métaphore”. Transport.
La métaphore est le transport d’une signification d’un lieu vers un autre.”
Un appartement sur Uranus
Paul B. Preciado
Ce qui s’écoule
- projet en collaboration avec Anna Ternon
- résidence au Centre Tignous d’art contemporain
- de Montreuil, 2024
© Grégory Copitet
La seconde collaboration de Camille Benarab-Lopez et Anna Ternon peut s’entendre comme la proposition d’élaborer une réflexion commune autour de nos usages de l’eau et des imaginaires qui lui sont liés, afin de sonder cette matière qui s’écoule tout autour et à l’intérieur de nous. Dans ce cadre, les deux artistes ont proposé à différents groupes d’habitant.e.s de la ville de Montreuil de s’interroger sur leurs usages de l’eau, questionnant ainsi la diversité sociale, culturelle et générationnelle des pratiques. Depuis ces expérimentations et récits rassemblés, les deux artistes tentent de mettre en lumière notre rapport à cette matière qui tend à nous échapper tout en étant au centre de nos vécus.
Les artistes remercient toutes les personnes
qui ont contribué à l’élaboration et la réalisation de cette exposition :
> tous.tes les membres de l’équipe du Centre Tignous d’art contemporain de Montreuil ;
> Izoé Poulain ;
> Virginie Traoré-Honoré et les élèves de sa classe de CE2-CM1 de l’école élémentaire Diderot 2 : Alma, Assma, Ayssar, Chigozie, Dalil, Eliah, Juneyd, Luca, Mariam,
Mateï, Nana, Nima, Olympe, Rayane, Robin, Uma ;
Vanessa Lahiani, Mehtap, Marie et Raymonde de la résidence autonomie des Ramenas ;
> Alexis Küppers et les apprenant.e.s du cours de Français Langue Étrangère : Walaa, Poolan, Ichrak, Nabila, Asma, Saliha, Nana, Maria, Juan Carlos, Tlaymass, Abigait Jezabel, Mansi Roma, Miriam, Nabila, Kadiraly, Anthonia, Hamida, Khadija, Maria ;
> ainsi qu'Anthony Meslé-Carole, chargé de mission plantation à la Ville de Montreuil.
Les dessins sur plâtre, ainsi que l'ensemble des textes sont issus d'ateliers et d'entretiens réalisés avec les personnes précédemment citées. Nous tenons à les remercier une nouvelle fois pour leurs témoignages et leur confiance.
Les jours avenir
- exposition personnelle, 2021
- Salon a ppr oc he, le Molière, Paris
- cur.: Emlilia Genuardi
- avec le soutien du CNAP
© Benoît Blanchard et Grégory Copitet
Camille Benarab-Lopez développe une pratique de l’assemblage agile dans lequel elle multiplie les strates tant temporelles qu’intimes, factuelles et réminiscentes.
Ses œuvres sculpturales empruntent aux objets quotidiens leur fonction support et leur stabilité – table, paravent, étagères – pour y adjoindre une multitude d’objets et de matières accueillant des images transférées. Se côtoient ainsi le plâtre, le verre, le tissu, l’acier, toutes porteuses d’une image surfacée qui narrent ensemble un discours polyphonique, presque hors du temps et volontiers insaisissable. Ces images proviennent de multiples sources, le plus souvent personnelles, mais par-delà l’anecdote qu’elles portent en propre c’est l’immensité de toutes les histoires qui s’y retrouve. Une fleur porte en elle toutes les fleurs: une photo de famille rejoue toutes les photos de famille, tous les albums, toutes les lectures, tous les regards.
En cela, par la quiétude qu’elles dégagent, leur familiarité, le sentiment d’un tendre « déjà vu », les œuvres que Camille Benarab-Lopez présente créent un sursaut à l’esprit de l’observateur, une amorce, un frisson, un ressaisissement du souvenir.
Benoît Blanchard et Sarah Mercadante
Catalogue de l'exposition Fantôme volet 3
Signes et outils
- série de céramiques émaillées
- en partie d’après L’homme et ses signes,
- d’Adrian Frutiger (1983)
- dimensions variables
- 2022 -
Voir venir
- exposition personnelle, 2022
- Poush Manifesto, Clichy
- chez Nanoville sur une invitation de A-topos'
- “(...)
- Ou plutôt un grand livre d’images, des scènes, des images qui tracent les contours d’activités au quotidien, des activités de routine, toujours les mêmes, ou presque, dans un lieu, toujours le même, ou presque.
(...)
On ne voit presque rien, une main qui tient le manche d’une casserole ordinaire, une gazinière dont on ne voit que l’angle, ancien, démodé. Ou encore les pieds nus de femmes assisses dont on n’aperçoit que le bas des jupons longs et colorés, qui frôlent les chevilles.
(...)
Des images, comme autant de petits trésors que l’artiste récolte et recueille, qu’elle s’approprie, qu’elle détourne, qu’elle reformule en cadrant et en recadrant. De ces images, au-delà des sujets fragmentés que l’on capte sans presque les voir, sans saisir leur totalité, qui toujours nous échappe, on saisit un hors cadre, un hors champ qui nous dit que l’histoire, que les histoires continuent et franchissent les limites matérielles et leurs représentations.”
- Gaia Goldcymer
- Catalogue d’exposition
projets divers
- Crues successives
- Ce qu’on emporte (corde 1 et 2)
- Cadre 15 (les trésors)
- Cadre 22 (todos los sentiamos)
- Écran 2 (sous le soleil)
- etc
- 2020 -
-
Les persiennes
- en collaboration avec Anna Ternon
- Duo show à la Cité des Arts, salle Radet, Paris
- 2021
- à partir d’un texte d’Anna Ternon
« Elle vivait les stores baissés, fenêtres et portes closes
depuis l’arrivée des grandes vagues de chaleur. Malgré
toutes ses précautions pour se prémunir du dehors, les
vents de sable teintaient les carreaux et s’infiltraient par la vieille fenêtre de la pièce principale. Des années d’indivision avaient ouvert la voie aux mites qui s’étaient fait un festin des différentes boiseries de la maison. Les parecloses de la fenêtre du salon ne s’étaient pas trouvées en reste. Les petits trous qui mouchetaient l’ensemble du cadre laissaient passer l’air et, avec lui, quelques fragments du dehors.
(...) »
Ovnis
- Livre de 24 pages
- 58 x 40 cm
- tiré à 8 exemplaires
- imprimé en sérigraphie sur papier Polyart
- à partir d’images et de témoignages trouvés sur internet
- 2014
“Je sortais de chez moi lorsque j’ai vu quatre lumières blanches avancer ensemble vers l’est, le ciel était bleu, elles se déplaçaient assez vite, mais ce qui était étrange c’est qu’on ne voyait pas l’engin d’où provenait ces lumières, par exemple un avion. Elles étaient très vives ce qui est étonnant en plein jour. Elles semblaient être très loin, comme des grosses étoiles, et ne faisaient pas de bruit. J’habite isolé en dehors de la ville je ne sais pas qui
a pu les voir.
Voilà. “
Quatre lumières dans le jour
dép. 85
17 / 02 / 2013
16 : 10
localisation
Challans
durée de l’observation
4 minutes
type d’observation
objets diurnes (od)
nombre de témoins
1 personne